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Mercredi 06 décembre 2006, nous rencontrons Labyala Nosfell et Pierre Le Bourgeois au Splendid de Lille où aura lieu le concert du soir. Balances juste terminées, l'interview peut commencer autour d'une tasse de thé, dans une ambiance sympathique et tranquille. Merci les gars.Rock in Chair : Votre nouvel album est sorti il y a un peu plus d'un mois. Par rapport au précédent, avez-vous eu une approche artistique différente dans la manière de le penser, et si oui, à quel(s) niveau(x) ?
Pierre Le Bourgeois : Oui, le premier album était une grosse carte de visite, comme l'est souvent un premier album. Nosfell y présentait 10 ans de gestation de morceaux, triés. Nous avons conçu ce deuxième album dans l'idée de partir de rien, de bribes, d'idées, de fragments de morceaux, puis de les écrire, ensemble ou pas. Bref des choses nouvelles.
Nosfell : Il y a toujours des choses qui traînent sur cassettes pendant plusieurs mois et qu'on a du mal à digérer, dont on ne sait pas trop quoi faire : c'est le moment de les ressortir et de voir ce qu'on peut faire avec. Plein de pistes ont été détruites ou mises de côté, certaines dont on pensait faire des morceaux au départ et que finalement on ne trouvait pas assez consistantes.
R.I.C. : Y'a t'il eu une grande différence concernant le temps de préparation et de studio ?
Nosfell : On a eu plus de temps, et en même temps on n’a pas eu beaucoup de temps ! On a pu investir une maison pendant 3 semaines puis un autre endroit pendant 3 semaines, d'abord en Bretagne puis au Mexique, alors qu'on avait 10 jours pour le premier album, mais comme l'a dit Pierre les morceaux existaient déjà dans leur forme définitive.
Pierre : Sur ce deuxième album on a cumulé l'écriture et l'enregistrement, pour garder de la fraîcheur et pour avoir des prises dans le principe de ce qu'on appelle "one take". On voulait quelque chose d'assez ambitieux en acceptant cette notion de fragilité dans un premier jet.
Nosfell : Ca correspond à notre manière de voir la scène, sauf qu'on n'a pas voulu faire un album comme on fait de la scène. C'est toujours trouver des moyens qui nous permettent d'être le plus spontané possible, tout en prenant en compte le fait que c'est un enregistrement et non de la scène, et donc que les moyens techniques sont complètement différents. On aime en parler avant, on cogite et au moment d'agir on oublie tout ça.
R.I.C. : Pour le son, vous avez travaillé avec Edouard Bonan, déjà présent pour le premier album, mais l'équipe s'est étoffée. Pouvez-vous nous en parler ?
Nosfell : Edouard est un ami d'enfance, on a une approche un peu "enfantine" ensemble, on s'est vu évoluer, maintenant on a plus d'expérience. Edouard a une réflexion sur le son qui va tout à fait dans notre sens, et on essaye aussi d'aller dans son sens, de voir ce qu'il a envie de faire, comment il a envie de se réaliser en tant qu'ingénieur du son, ça rend l'échange riche et fascinant car l'enregistrement ça nous intéresse beaucoup. Pour cet album on a voulu ne pas faire comme le premier et s'enfermer, car ça peut être le problème quand on travaille toujours avec les mêmes personnes. Donc on a été trouver Dominique Brusson qui travaille notamment avec Dominique A en live et qui a travaillé sur ses albums "Remué" et "L'Horizon". C'est Pierre qui a eu cette idée car il aime son travail. Dominique Brusson a accepté de travailler sur le mix suite à l'écoute de notre travail. C'était pour nous une volonté de nous tirer vers le haut en acceptant qu'on n’ait pas forcément une vision juste du son. Il a une façon d'aborder le travail de mix, il faut vraiment que de son côté il ressente quelque chose, on travaille toujours avec passion, c'est important.
R.I.C. : Justement pour le son, avez-vous au départ une idée précise de ce que vous voulez ?
Nosfell : Oui, on a une idée assez précise mais en restant toujours à l'écoute. On fonctionne vraiment en trio avec Edouard, de plus avec le temps qu'on avait on a pu se permettre de faire plusieurs essais, par exemple au niveau des arrangements, pour choisir ensemble au final. On a quelques références, aussi.
R.I.C. : Lesquelles ?
Nosfell : Il y a par exemple Steve Albini, Les Claypool (bassiste et chanteur de Primus) en tant que producteur, John Parish…
Pierre : C'est un genre de fantasme de son brut mais amplifié, ce qui est d'ailleurs un paradoxe en quelque sorte : on pense souvent que c'est roots alors que c'est surproduit, faut vraiment travailler constamment sur les placements de micros, la qualité du matériel qu'on utilise… Ca nous a passionnés.
Nosfell : Que ce soit concernant l'enregistrement ou la scène, on va essayer de s'intéresser le plus possible à ce qu'il est possible de faire et ne pas prendre ça à la légère, après le résultat est ce qu'il est, les goûts etc. c'est autre chose. Les moyens aussi c'est autre chose, on ne va pas forcément chercher à avoir plus de moyens, mais plutôt de s'intéresser au choix des micros par exemple. Je dirais que le premier album on l'a fait au crayon de bois, le deuxième au stylo à bille, ça correspond à ce qu'on se sent capables de faire techniquement au moment où on le fait.
R.I.C. : Concernant la création musicale, la composition, comment ça se passe ? Les morceaux vous viennent-ils comme ça, naturellement, ou allez-vous les chercher, les penser préalablement ?
Pierre : Chaque morceau a une histoire, chaque musicien a sa façon de faire de la musique, il y a des gens qui font des choses très belles, très sensibles en faisant des calculs et d'autres, à l'inverse, des choses très millimétrées et mathématiques alors que ça leur vient comme ça. Nous on a chacun des façons très différentes de fonctionner mais on se ressemble pas mal sur le fait qu'on fonctionne beaucoup à l'écoute, on aime beaucoup les mélodies, si au bout de 2 jours on a toujours la même mélodie dans la tête on essaye de comprendre où elle peut aller, on part souvent plus d'une mélodie que d'une forme : plutôt que se dire "là il nous faut un morceau avec tel ou tel instrument", on va plutôt se dire "j'ai cette mélodie dans la tête, où est-ce qu'on pourrait l'emmener ?", et à partir de là on choisit l'instrumentation. La forme vient toujours après même si elle est très importante.
Nosfell : Le premier morceau de l'album, par exemple, s'est créé d'abord avec juste la guitare et la voix, puis la métrique du morceau s'est fabriquée toute seule, j'ai proposé ça à Pierre sachant que rien n'était imposé, définitif au niveau de la forme, et Pierre a aimé cette forme, ça lui convenait totalement et il a dit "ah, je vais jouer de la batterie dessus" !
R.I.C. Et les textes viennent ensuite ?
Nosfell : Ca dépend, certains viennent avant et en les lisant je remplace, enlève ou ajoute des mots et ça me donne des idées de mélodies puis je relis, j'apprends, je le récite en le mettant dans des conditions. Par exemple, "the gorgeous hound" pendant 5 jours je n'arrêtais pas de le chanter n'importe comment puis la mélodie s'est confirmée puis j'ai cherché sur la guitare… Mais chaque morceau est très différent.
R.I.C. : Vous travaillez en duo. Est-ce que le "projet" Nosfell, l'univers de Klokochazia existent depuis avant votre rencontre ou est-ce votre rencontre qui a fait naître tout cela ?
Nosfell : Le monde de Klokochazia est avec moi depuis l'enfance, et il y a eu un moment dans ma vie où j'ai eu besoin d'en nommer ses régions et d'en faire un ensemble. La musique est venue après. Quand je me suis rendu compte que je pouvais faire de la musique, qu'en quelque sorte ça ne m'était pas interdit, naturellement au fil du temps j'ai intégré ce monde, la musique devient comme un exutoire. J'ai commencé tout seul, on faisait de la musique ensemble avec Edouard, ensuite j'ai continué tout seul, puis Edouard et moi on s'est retrouvés, lui s'était mis au son entre-temps. Un jour quelqu'un m'a parlé de Pierre, qui jouait avec Les Enfants des Autres, en me conseillant de l'appeler. A l'époque je n'envisageais pas de travailler avec un violoncelliste. On s'est rencontrés il y a 6 ans environ, je lui ai fait écouter une maquette, lui m'a fait écouter ce qu'il faisait… On a vraiment décidé de former le duo à partir du moment où Pierre s'est intégré à l'enregistrement du premier album en tant qu' "invité bonus", "invité plus", bref c'était un "duo moins", Pierre écrivait ses parties de violoncelle, c'est un duo qui s'est confirmé, par le fait aussi d'avoir tourné un an et demi ensemble derrière.
Pierre : En fait juste avant le premier album je venais vraiment de temps en temps en tant qu'invité sur les concerts, puis lors de l'enregistrement Nosfell m'a proposé de venir pendant la seconde partie de l'enregistrement pour voir ce que j'en disais, en tant qu'invité qui vient puis qui finalement reste pour la suite, le live qui suit.
Nosfell : Avant on avait essayé de monter un quartet avec basse - batterie, on a fait quelques dates, et il y avait une raison artistique aussi qui a fait qu'on a arrêté, parce que ça ne nous convenait pas, et aussi, il faut le dire, il y avait des contraintes financières, on ne savait pas trop où ça pouvait aller, et puis finalement il y a des gens qui ont accepté de nous suivre et d'être nos partenaires. Ca fait partie de la musique, c'est comme ça que ça se passe. A partir du moment où on souhaite que la musique prenne une grande partie de notre quotidien, il faut assumer le fait qu'il y ait besoin de pognon…
R.IC. : En ce qui concerne l'aspect scénique, on se rend compte lors de vos concerts que ça va au-delà de la musique. Certains parleront de "jeu de scène" ou de "chorégraphie". Comment parleriez-vous de cela, de tout cet aspect visuel qui accompagne votre musique ?
Nosfell : Il y a eu une démarche assez rapide, c'est celle de travailler avec Julien Bony, éclairagiste, qui a travaillé pendant longtemps avec Pierre. Ce que j'aime chez lui, c'est qu'il a une façon de voir la lumière qui ne s'arrête pas à la scène. Il est très passionné par son travail, est grand fan de cinéma, de théâtre, de mise en scène… il peut s'arrêter sur une aire d'autoroute et dire : "Ouaah, l'éclairage !" C'est quelqu'un qui est arrivé tout de suite en proposant quelque chose de très fort, le fait qu'il apporte son univers à lui nous permet à nous d'évoluer dans son univers. Rien n'est écrit, parfois des gens disent que je danse ou quoi, je n'ai pas la prétention d'être danseur du tout, pour moi ça va avec ma façon de faire de la musique, c'est comme ça que je me sens bien, et du coup ça génère des choses, d'autres envies, spontanées et tout ça. Ben oui c'est ça la musique, faut arrêter de réfléchir un peu…
R.I.C. : Votre démarche est plus artistique que commerciale. Vous a - t'on déjà demandé des concessions et si non, comment réagiriez-vous ?
Pierre : C'est une question toujours délicate. Nous on n'a pas l'impression de faire des concessions du tout. Ce genre de demande serait un peu ridicule parce que ce qui plaît aux gens, le retour qu'on a des gens c'est : "vos concerts ne sont jamais pareils, on revient vous voir", "votre CD ne m'a pas trop plu au début, j'étais surpris(e) que vous fassiez ça mais finalement je suis content(e) que vous l'ayez fait"… Finalement ce qu'on fait pour l'instant c'est ne pas se conformer à un règlement, même entre nous ne pas se mettre de codes, c'est aussi pour ça qu'on a intégré d'autres instruments par exemple, c'était dire "non, Nosfell c'est pas juste un duo violoncelle - guitare, il y a d'autres choses". On voulait donner des couleurs différentes. Après, les concessions, il y a eu des discussions, notamment au sujet de la pochette, des désaccords, on a négocié…
Nosfell : … Ah non, moi j'ai gueulé !
Pierre : …Oui, OK, j'ai négocié et toi tu as gueulé. (rire général) Si cette pochette empêche des gens d'acheter Nosfell, c'est que ce ne sont pas des gens qui nous concernent.
Nosfell : L'industrie du disque a connu un essor sur 50 ans, ça a généré plein de codes dans la façon de faire de la musique, et donc aujourd'hui il y a des gens qui s'autocensurent, on est arrivés à des choses complètement absurdes…
Pierre : …Ils se demandent s'il faut bien mettre le couplet à tel endroit, par exemple…
Nosfell : … alors que ce ne sont pas des questions qui se posent… Avec les gens de V2, qui sont au début venus nous voir en concert, avec qui on a bu des coups, il s'est passé une chose tout à fait humaine et ça nous a séduits. Eux sont arrivés en respectant totalement notre façon de voir la musique. C'est pas autre chose qui nous intéressait. Faut aussi savoir ce qu'on veut, il y a un truc dans l'industrie du disque, y'a un problème avec le pognon, plein de musiciens pensent qu'un disque ça va faire du pognon, et il ne faut pas partir dans cette idée-là quand on fait de la musique, sinon on a une vision qui est faussée, qui est biaisée totalement… Aujourd'hui il y a suffisamment de place, grâce aux nouvelles façons de diffuser la musique et aussi aux nouvelles façons d'en produire, parce qu'aujourd'hui les musiciens peuvent produire eux- même quelque chose qui a une valeur d'un point de vue sonore, et ça crée de la place pour des gens qui produisent de la musique d'audiophiles, des labels comme Emma Recording par exemple qui n'ont jamais vendu autant de CD, même s'ils n'en vendent toujours pas beaucoup, et de la même manière des gens qui font du lo – fi qui arrivent à s'exposer etc… et du coup ça génère une accalmie dans la façon de produire de la musique, de la vendre, de la vivre quand on la vend, et je pense que le meilleur moyen c'est de demander le moins d'argent possible pour avoir le moins de contraintes possibles.
R.I.C. : Merci beaucoup à vous deux et bon concert !
Nosfell : Oui, merci, bon concert ! Euh, qu'est-ce que je dis, là…?
Le soir même, concert au Splendid… Scotchant, frissons, rires, petite larme, transe… Putain que ça fait du bien ! Si de nos jours un concert de Nosfell peut remplir une salle comme le Splendid, c'est bien que pas mal d'entre nous se foutent de savoir si ça se fait de mettre un couplet après un pont, ou même si un refrain c'est obligatoire. Ca fait du bien de se dire que la musique s'écoute, se joue, se vit, et ne se pose pas de questions à la con. Vive la musique !
Les Khâro (avec un grand merci à Tof !)
Interview réalisée à la Maison Folies de Lille
Nosfell arrive avec son premier album. Pouvez-vous nous raconter l’histoire de cet album ? Combien de temps a t’il mûri pour arriver aujourd’hui ?
Cà a mis pas mal de temps. Pour moi déjà, cette musique devait évoluer sur scène. Cà fait à peu près 5 ans que je monte sur scène, plusieurs années donc avant même de penser à cet album. Mais tout çà aura peut être mis 2 ans, où je me suis dit que j’allais peut être enregistrer, 2 ans entre le moment où je me suis dit que j’allais me confronter à l’expérience de l’enregistrement et le moment où je l’ai réellement fait. J’ai fait cet album avec Pierre, que j’ai rencontré il y a 5 ans également, un peu au début où j’ai commencé à jouer, mais on a commencé en duo il y a 6 mois.
Quel était votre parcours avant cet album ?
Je suis venu à la musique un peu comme si c’était pour moi, le résultat d’une analyse. J’avais des choses dans la tête et j’avais besoin de régurgiter tout çà dans des moments importants (les concerts), c’était quelque chose au fond de moi, ce qui fait que par résignation c’est parfois difficile de s’en séparer. Je me suis donc dirigé vers la musique, comme discipline artistique, plus par affinité avec elle. C’est formidable car avec la musique, on peut évoquer des choses, dans des strates un peu moins concrètes tout en restant terrien à la fois. Avec Pierre, musicalement, on travaille beaucoup sur les matières, sur des choses qu’on va créer en direct sur scène. Sur disque, on en a extrait l’essence de chaque titre, en essayant de reproduire une espèce de spontanéité dans une dimension acoustique toujours très différente. On a eu tous les deux des parcours musicaux très différents.
Pour moi (Pierre), c’est différent. Je suis musicien, dans le sens où c’est mon métier depuis maintenant près de 5 ans. Je me suis cette fois beaucoup plus investi, sur le disque, mais aussi sur scène où on essaie de faire un spectacle entier où chacun essaie de se sentir irremplaçable envers l’autre pour aller vers des réactions, des climats autant en opposition qu’en écoute. C’est un travail aussi avec le public. Je privilégie çà avec Nosfell plutôt qu’avec d’autres projets précédents. Avant, j’étais juste un accompagnateur en retrait.
Cet album est différent des autres, avec un univers particulier, différents personnages également…
Cà découle de l’univers de Nosfell (Pierre), de tout ce qu’il y a autour.
En fait, je me suis fixé (Nosfell) comme fonction d’évoquer des histoires d’un endroit où on parle une langue, même si j’utilise l’anglais que j’aime beaucoup. C’est important d’avoir différents personnages, on peut les interpréter différemment. Le travail de la voix est assez prépondérant dans le travail musical. L’avantage que j’ai dans les évocations d’histoires, des personnages différents, c’est de pouvoir utiliser la voix avec le plus de possibilités sans pour autant faire de démonstration vocale, mais plutôt interpréter différentes humeurs, différents personnages. Dans le disque, on a essayé d’aller vers différents climats, d’un titre à l’autre. On a voulu le faire, j’espère qu’on y est arrivé. C’était un travail peu évident.
Le langage utilisé est proche d’un langage magique, et je trouve effectivement que la langue , dans ce cas, est plus utilisée comme un instrument comme un autre, vu que personne ne peut comprendre les textes…
C’est une idée qui me fait plaisir. Pour moi la langue a beaucoup de barrières, comme la musique d’ailleurs, avec des méthodes. Le langage a une syntaxe. Avec le langage utilisé, j’ai mes mots de vocabulaire, mes limites syntaxiques et linguistiques, mais la façon de présenter la langue est pour moi toujours dans l’évocation, c’est plus utilisé comme un médium, un outil parmi tant d’autres. C’est aussi par souci de ne pas la mettre trop en avant, un peu comme une bête de foire. C’est important que ce soit un tout, la musique, la langue, l’endroit, les couleurs harmoniques qu’on va essayer d’apporter. Tout doit être sur un même piédestal et on essaie de tirer le tout vers le haut, un moment donné.
Nosfell veut aussi dire ‘Celui qui guérit’. Penses-tu guérir par la musique ?
Cà signifie plutôt ‘Celui qui marche et qui guérit’, mais c’est plus mon nom en entier qui signifie çà, Nosfell est plus un surnom. Mais je m’appelle comme çà. C’était vu un peu comme un métier à une époque, un peu comme celui qui s’appelle Charpentier ou Marchand, sans pour autant exercer le métier que leur nom prédestine. Ils ont gardé le nom au fil du temps mais le sens a peu à peu disparu. Je pense qu’à l’origine de mon nom, un peu comme en Afrique, mes ancêtres marchaient, en colportant des histoires en essayant éventuellement de guérir le mal être existentiel de chacun. Alors si aujourd’hui, çà peut se faire à travers une cure qui serait peut-être la musique, c’est une image qui me plaît.
Le set est toujours différent suivant les lieux où vous jouez. Y a-t-il pour vous un endroit idéal ? Etes vous donc sensibles à l’atmosphère des salles ?
Il n’y a pas de lieu idéal (Pierre). C’est justement l’intérêt de faire des concerts, de trouver de la diversité, il y a des salles plus dures, d’autres plus faciles, certaines qui sonnent, d’autres pas. Les concerts sont tous différents, on essaie de proposer des choses différentes. C’est important d’aller vers des choses diversifiées, du discours par rapport au langage.
Quand la salle est difficile (Nosfell) que ce soit avec l’acoustique ou le public, on essaie de faire travailler notre faculté d’adaptation pour tourner le désavantage à notre avantage.
C’est l’intérêt d’être sur scène (Pierre). On propose le spectacle en réaction avec ce qui se passe. Il n’y a pas de lieu vraiment idéal. Il y a juste des concerts qui se passent bien ou mal, mais on n’a jamais défini de set idéal. On est forcément sensible à l’atmosphère de la salle. Après les balances, on se retrouve dans les loges pour discuter de la setlist qui dépendra de ce qu’on a ressenti pendant les balances. On fait attention à l’endroit, le placement de la scène, si les gens sont assis ou debout, si la scène est haute ou à même le sol, si c’est un théâtre, s’il y a un bar…Tous ces éléments vont définir le spectacle qui se produira.
Le fait de faire des festivals cet été doit vous déranger un peu alors…
C’est vraiment différent et je dois dire que çà nous effraie un peu. Même si on a déjà l’expérience de jouer dans des grands lieux, c’est tout de même assez effrayant. On se demande encore comment on va proposer les choses. A mon avis, çà sera plus dans l’énergie, aller à l’essentiel, moins jouer sur la dynamique, aller plus vers les fortissimo en essayant quand même de tempérer les choses pour ne pas toujours être en force non plus. En même temps, çà a un côté excitant et nous sommes très honorés de se dire qu’on va jouer sur des festivals. C’est bien de pouvoir exposer sa musique à autant de gens.
Un festival, c’est aussi une grande vitrine (Pierre), une ambiance est très dure à sentir, avec une ambiance laissée par le groupe précédent, et une qui se prépare avec le groupe suivant. Tu le vois rien qu’avec les T-shirts qui se trouvent au premier rang ! Ce n’est jamais évident de sentir la salle. Ici, on essaiera d’accrocher les gens quitte à être plus violents, mais on aime çà aussi parfois, avoir des sentiments plus exagérés, exacerbés.
Vous improvisez parfois sur vos concerts ou tout reste t’il très carré ?
Les titres sont écrits donc on ne peut pas trop improviser. Mais par contre pendant le concert, on peut partir sur une impro. Sur certains titres, il y a des sortes de chemins qui peuvent permettre d’arriver au morceau suivant. Il y a de petites indications et si l’autre a pris cette direction alors on peut le suivre pour aller jusqu’au titre suivant. Le morceau existe avec sa structure mais çà reste libre malgré tout parfois.
Il y a eu un gros engouement autour de vous ces derniers mois. Comment avez-vous ressenti tout cela ?
On est très content de pouvoir discuter avec vous, ou vos collègues qui viennent nous voir. On a des discussions agréables avec des gens, on échange des idées, c’est intéressant pour nous. Il y a souvent des choses qui nous étonnent comme cette date à Amiens où il y avait beaucoup de monde alors que nous n’y avions jamais mis les pieds auparavant, on ne connaissait personne là-bas ! On aime aussi beaucoup jouer avec d’autres groupes, croiser des gens qui ne sont pas fermés, mais si j’ai tendance à l’être un peu moi-même. On aime rencontrer des gens et parler de choses mêmes anodines comme nos influences ou le matériel utilisé. Jouer seul, c’est un peu triste, je trouve.
Enfin, avez-vous un message à laisser ?
Euh, non….Rien de précis, nous sommes fatigués aujourd’hui... Du coup, nous ne sommes pas très bavards !!
Tof
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